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May 27, 2012

Break on through – Dépasser le capitalisme de crise

Filed under: francais — translationcollective @ 7:38 pm

par Comité International Autonome contre la normalité capitaliste

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La crise des sub-primes, la crise du crédit, la crise bancaire, la crise du pétrole, la crise financière, la crise de l’Euro, la crise de la dette, la crise irlandaise, la crise grecque… La crise du logement, la crise de l’immigration, la crise sociale… De fait il y a une seule crise. Le capitalisme est la crise, une manière de gérer le monde…

La précarité est la norme, temps partiels, baisses des salaires et chômage pour tous. Fini les archaïsmes comme la sécurité sociale, l’assurance maladie et les pensions, le progrès est en marche ! Il a déjà atteint les pays du Sud aux temps bénis des colonies. Aujourd’hui le Sud est chaque année plus au Nord…

Les barbelés, les uniformes et les camps de l’Europe-forteresse traquent, humilient et assassinent des milliers d’hommes, femmes et enfants. Le racisme n’est plus caché, c’est une affaire rentable et respectable, parfois un sport national. La police et l’armée sont dans les rues, avec leurs armes, caméras et hélicoptères. Le contrôle est partout, dans la puce de ta carte d’identité, et dans un fichier ADN pour les plus chanceux. Les lois terroristes organisent et légitiment la répression. Les résistances ne doivent pas se développer.

Les médias maintiennent le couvercle de la marmite : des jeux, des shows, des rêves, et encore des jeux. Flash d’info: les manifestations et émeutes sont le fait d’agitateurs professionnels et de jeunes immigrés. Retour a la normale. Les agences de communication font de leur mieux pour augmenter le niveau de consommation, alors que nous nous battons chaque fin de mois. Le serpent se mange la queue.

Des tonnes de pétrole gaspillées dans les océans, des millions de sacs plastiques décorant les paysages, Ibiza au Pôle Nord et Fukushima mon amour. Les espèces en voie d’extinction montrent le chemin à nos futurs enfants…

Le capitalisme crée des opportunités magnifiques !

Cet appel n’est pas une longue analyse théorique, pas plus qu’un simple voeu pour une émeute sauvage de plus. Ici nous voulons nous pencher sur les dernières formes du capitalisme : le néolibéralisme et l’idéologie de l’absence d’alternatives à ce système. Nous voulons regarder les réactions au capitalisme de crise : comment ses partisans veulent le sauver et comment les fascistes veulent (encore une fois) en profiter. Surtout, nous voulons réfléchir sur nos expériences passées et présentes, nous voulons essayer de voir comment développer des réponses radicales nous amenant vers une société libre et autonome.

Crises et forces réactionnaires : aveuglement, papillons et fascisme

Le néolibéralisme a gagné la bataille des idées dans les années septante, et le pouvoir politique dans les années quatre-vingts. Aux Etats-Unis, en Amérique Latine et en Europe, un hymne était partout : il n’y a pas d’alternatives au capitalisme. L’Union Soviétique et le « socialisme réel » se sont effondrées, et la fin de l’histoire a été annoncée : l’humanité toute entière était sur le point d’être enfin libre et capitaliste. Les Etats étaient censés devenir de minces structures assurant uniquement la paix sociale et la liberté d’entreprendre. Aujourd’hui, le glorieux marché libre s’effondre. Même ses plus ardents supporters appellent à l’aide les Etats et pleurent pour des plans de sauvetage et des garanties publiques. Quelle surprise ! Y avait-il un problème avec leur idéologie et leur manière de gérer le monde ?

On pourrait le penser en écoutant tous ces journalistes, intellectuels et politiciens parler des risques d’effondrement du système. D’un autre côté, nous voyons que les mesures adoptées contre « la » crise sont les mêmes qu’avant, en plus agressives. Regardons la Grèce! Coupes dans les services publics, attaques contre les droits sociaux, privatisations, répression, rien de nouveau… « Nous » sommes en crise, donc continuons sur la même route, encore plus loin. Logique incroyable, soutenue par un discours inchangé : avant c’était « il n’y a pas d’alternatives au capitalisme », maintenant c’est « il n’y a pas d’alternatives à l’intervention des Etats ». Avant nous devions être compétitifs pour combattre les prix des marchés étrangers, maintenant nous devons être compétitifs pour ne pas nous effondrer – mais au fait, qui est sur le point de s’effondrer ? Nous ou le système économique dans lequel nous vivons ? Dans ce grand bordel, personne ne pose la question de la raison de toutes ces mesures d’austérité : pourquoi faisons- « nous » cela ? Interroger le capitalisme serait trop dangereux. Les médias préfèrent parler de sacrifices nécessaires, pour revenir à la normale, pour relancer encore plus la croissance économique et pour permettre de nouveau aux traders de jouer avec des milliards.

Au final, cette thèse de « l’effondrement du néolibéralisme » doit être considérée de manière dialectique. La base idéologique du néolibéralisme ne tient plus, même ses partisans les plus convaincus commencent à douter. Les dogmes intangibles, la croyance en sa forme comme étant la plus à même de garder le capital stable et prospère, sont remis en question. Peu importe. Les gestionnaires de la crise continuent d’agir selon les mêmes principes et essayent d’empêcher que leurs structures s’auto-détruisent.. Plus l’effondrement du système capitaliste est annoncé, plus ce système est défendu violemment, ce qui amène à annoncer d’autant plus sa chute… Où mènera cet enchainement ? Pour le moment, on ne peut pas dire que le néolibéralisme soit dans un cercueil sur le point d’être enterré, il est plutôt en train de livrer une bataille décisive pour sauver l’ordre capitaliste mondial.

Des forces importantes prennent part à cette bataille ! Certains partis sociaux-démocrates et écologistes veulent changer le système : ils ont compris les grandes erreurs du monde financier. Bien sûr ils ont voté les milliards des plans de sauvetage de l’économie, mais c’était dans le but de reconstruire un capitalisme sous le contrôle des Etats : certains appellent à la nationalisation future des banques et à la limitation des salaires des top-managers, revendications également supportées par la plupart des vieux et nouveaux partis communistes. Ils veulent un changement ! Que ce changement s’appelle sociale-démocrate radicale ou – plus fashion ! – capitalisme vert n’est pas important : c’est un changement qui n’a rien à voir avec l’émancipation. Le plein-emploi, le treizième mois, les supermarchés bio ou les vélos urbains n’ont jamais amené les gens à être autonomes, libres ou heureux.

Alors que les néolibéraux et les libéraux réformistes jouent ce grand jeu, d’autres acteurs essayent de réagir à « la » crise. En Hongrie, des milices fascistes sont constituées dans la population ; en Grèce, les attaques des groupes néo-nazis (aidés par la police) se multiplient ; en Italie des centres sociaux fascistes comme Casa Pound ouvrent dans différentes villes ; en France une version nouvelle et plus subtile du nom « Le Pen » fera son apparition aux prochaines élections. Les crises ont toujours permis aux idéologues d’extreme-droite de diffuser plus violemment leur propagande contre les étrangers, accusés d’être la cause de tous les problèmes. Mis-à-part cette habituelle position raciste, les groupes et partis fascistes appellent de plus en plus à la destruction de l’Europe et au retour aux vieux Etats nationaux, vu comme des remparts défendant leurs fantasmes d’identité blanche et pure.

Entre la gestion néolibérale, son maquillage réformiste et l’agitation fasciste, comment pouvons-nous trouver des manières d’avancer vers la société émancipée que nous défendons ?

1. L’échec de l’organisation et de la stratégie : le mouvement “altermondialiste”

Sans aucun doute, nous pouvons dire que nous n’avons pas « le » mouvement développant des réponses et luttes fortes contre la société d’aujourd’hui. Au cours des douze dernières années dans le monde occidental, le seul grand mouvement international centré sur les questions sociales et économiques a été le mouvement « altermondialiste » ou « no global ». Celui-ci a amené une critique du nouvel ordre mondial, a traversé de multiples pays, il a donné naissance à de nombreuses organisations et réseaux et a produit des dizaines d’événements, manifestations et rencontres internationales. Le dénominateur commun à la plupart des participants à ce mouvement était la critique et l’opposition au néolibéralisme, la question de la dette (des pays du tiers-monde) étant un point important de cette critique. Aujourd’hui, la dette et la crise financière sont des problèmes mondiaux, ce qui prouve que le mouvement altermondialiste avait, au moins partiellement, raison dans ses critiques et analyses.

Alors, comment est-il possible que nous n’ayons rien entendu de ce mouvement au cours des trois dernières années ? Une réponse simple consisterait à parler de la répression, qui a indéniablement augmenté : développement des technologies de contrôle, arrestations préventives, bases de données européennes, mobilisations massives des forces de police… Mais le point commun des mouvements puissants ou qui durent est justement de ne pas se laisser abattre par la répression. Nous pensons que l’explication de la « disparition » du mouvement no global doit être cherchée ailleurs, à savoir dans ses formes d’organisation, dans ses pratiques et stratégies. Si les forums sociaux européens étaient planifiés par « le » mouvement, toutes les grandes manifestations et actions étaient organisées en réaction aux réunions des décideurs (G8, FMI, Union Européenne). Le mouvement n’a jamais pu amener son propre agenda à un niveau pratique, il a échoué à créer des campagnes internationales effectives contre ce qu’il dénonçait. Cela a probablement aussi à voir avec son incapacité à créer des connections avec les luttes sociales existantes. Ensuite, la manière d’organiser les contre-sommets était relativement centralisée et hiérarchique, les assemblées n’étaient pas toujours aussi libres qu’elles l’affirmaient : pensons au projet BlockG8 en Allemagne ou au réseau Climate Justice Action à Copenhague. Il est souvent arrivé que des individus décident quel genre d’action pouvait avoir lieu et comment les camps et les débats des assemblées devaient se dérouler. Une conséquence de cela était les discussions sans fin sur la violence, dont la conclusion était généralement le rejet des actions radicales. Cette conclusion a pu amener des prises-à-parti fortes et, à l’occasion, la collaboration de certains activistes avec les forces de l’ordre dans le but d’arrêter les « fauteurs de trouble ». Connaissez-vous une meilleure manière de rompre la confiance et de créer des divisions?

2. Sur les « nouveaux mouvements » : Indignés et Occupy

Depuis un an, de nouveaux mouvements sont apparus. Partant d’un usage intensif des médias sociaux et d’une volonté de prendre l’espace public, la dynamique des « Indignados » s’est répandue dans toute l’Europe, évoluant vers des formes différentes selon les pays. Ces formes se sont développées dans un espace politique jusqu’à présent vide, restant à l’écart des partis, avec une organisation réduite et hétérogène. La difficulté pour les partis existants de s’approprier ces mouvements résulte de leur opposition déclarée à toute « idéologie » et de l’absence de revendications et demandes claires. Bien qu’ils aient émergé dans un contexte politique indéniable, ces mouvements veulent préserver une base large en se déclarant largement « apolitiques ». Cette affirmation et leur volonté d’être ouverts à toutes et tous peut mener à des situations délicates, auxquelles nous devons faire attention : en Allemagne, des tenants des théories conspirationnistes ont tenté d’intégrer les assemblées et en Grèce des groupes fascistes sont venus agiter leurs drapeaux nationaux dans les manifestations du mouvement. Malgré ces remarques, c’est un fait que dans la plupart des pays européens, ces mouvements ont donné lieu à des manifestations massives et, dans quelques endroits de Grèce, Espagne et Italie, à des actions directes intéressantes.

Alors que les débuts enthousiastes de ces mouvements sont passés, la question est aujourd’hui : vont-ils durer ? En effet, leur organisation prend principalement place sur Internet et dans les places occupées. Maintenant que la plupart des places ont été évacuées, comment les mouvements vont-ils continuer sans lieu physique où se rencontrer ? En Grèce et en Espagne, une réponse a consisté à développer des assemblées de quartier à un niveau local. Aux Etats-Unis et en Espagne, un autre développement s’est matérialisé dans une dynamique d’occupation de maisons vides, pour en faire des lieux de vie et de lutte. Ces dynamiques, bien que moins visibles que l’occupation des places centrales, ont le mérite d’intégrer les luttes dans la vie quotidienne des gens et des quartiers, rendant par là un travail à long-terme possible. Ces espaces sont des opportunités pour nous de développer une critique globale du système capitaliste, de rentrer en contact avec des gens « non-politisés » et de rencontrer d’autres camarades radicaux. C’est ce que nous cherchons dans ces mouvements.

3. Sortir de l’isolement !

Au cours des trois dernières années, depuis le début de « la » crise, nous avons pu identifié différentes tendances dans les mouvements et milieux radicaux en Europe. En Grèce, un milieu anarchiste et anti-autoritaire se développe de manière organisée et, malgré toutes ses limites, essaye de prendre part aux mouvements sociaux larges. Dans des pays comme la France et la Belgique, on trouve des groupes radicaux isolés et divisés, agissant souvent masqués et se limitant à des actions rarement coordonnées. En Allemagne, certaines campagnes larges et actions massives ont pu produire des résultats. Mais si on considère la question des solidarités ou luttes internationales, les activistes radicaux ont été globalement incapables de créer des connections avec la situation dans les autres pays, et ce malgré le grand nombre de centres décisionnels politiques et économiques présents sur le territoire. En regardant les milieux et mouvements radicaux en Europe, nous ne pouvons pas nous empêcher de pointer des limites et de formuler des critiques. Nous voyons nos faiblesses et nous voyons qu’elles sont nombreuses.

D’abord en termes de compréhension de la situation locale dans les autres pays. Les mesures d’austérité sont passées en Grande-Bretagne il y a plus de vingt ans. Nous pourrions apprendre de cette situation, essayer de comprendre quelles ont été les révoltes contre le néolibéralisme dans les années quatre-vingt et pourquoi elles ont échoué à défaire les réformes gouvernementales. Un autre exemple est la Grèce, beaucoup d’activistes radicaux « rêvent » de la situation grecque, certains appellent même les mesures de destruction sociale à arriver dans leur pays – « Aggravons la crise ! » – pour faire l’expérience de « l’inévitable » révolte qui en résulterait. Pour répondre à ce stupide slogan, signalons d’abord que la misère sociale a été une constante depuis deux-cents ans en Europe et qu’elle n’a produit que très peu de révoltes larges, mais beaucoup de régimes fascistes. De plus, les moments insurrectionnels en Grèce ne peuvent être compris sans étudier l’évolution de la société grecque et de la scène anarchiste depuis, au moins, la fin de la dictature dans les années septante. Enfin, nous pouvons sûrement apprendre des techniques de combat de rue en Grèce, mais nous devrions aussi apprendre du machisme et des parfois violents combats à l’intérieur de cette scène radicale. Nous pourrions multiplier les exemples, le mouvement anti-nucléaire en Allemagne et ses trente ans d’histoire, les centres sociaux en Espagne et leur capacité à parfois créer des liens forts avec les habitants des quartiers… En général, nous connaissons peu et nous nous inspirons difficilement de ce qui se passe à l’étranger.

Cette conclusion vaut aussi, dans une moindre mesure, à un niveau local. De nombreux groupes et projets font face à des problèmes internes et des limites politiques qui ont été rencontrés et discutés des centaines de fois par d’autres groupes en d’autres temps et d’autres lieux. Mais habituellement la grande majorité des groupes commence à traiter ces problèmes à partir de rien, ignorant ce qui a été discuté, pensé et expérimenté avant. Les groupes réunissant des participants de différentes générations peuvent parfois gagner beaucoup de temps et d’efficacité, mais nous devons poser la question : pourquoi sommes-nous globalement incapables de créer une culture des précédents, une histoire des dynamiques collectives et des expériences subversives, alors que ce sont certaines de nos principales préoccupations ?

Nous n’avons pas la réponse à cette question, mais nous pouvons avancer des pistes pour essayer de comprendre cette limite importante de nos groupes. Une de ces pistes est le manque de perspectives et d’ambition dans de nombreux cercles radicaux. Pour beaucoup d’activistes, participer aux activités d’un squat, se montrer de temps en temps dans une manif (antifasciste) ou rouler à vélo semble être assez, comme si faire partie d’un milieu et en reproduire les habitudes était un objectif politique raisonnable et suffisant. Pour que ce soit clair, avoir des espaces politiques pour vivre, discuter et faire la fête, est très important, tout comme ne pas laisser la rue aux nazis, mais ça ne peut pas être notre objectif ultime dans cette société. De plus, ces habitudes, concernant nos manières de vivre, de nous habiller, de parler, de manger parfois, nous limitent. Nous sommes nombreux à n’avoir des contacts que dans « le milieu » et à n’agir que selon nos principes radicaux. Dans un grand nombre de villes, cette identité très marquée détruit toute possibilité de coopération entre les gens. Plutôt que de chercher à créer une critique commune du capitalisme, à partir d’échanges sur les situations politiques locales, les mouvements sociaux ou nos expériences personnelles, beaucoup de groupes préfèrent se complaire dans une routine ritualisée. D’un côté cela influence même nos manières de penser. Pensons à tous ces journaux anarchistes qui ratent complètement toute pensée historique ou pratique. « Ce monde est dégueulasse et nous voulons le détruire » semble être la seule « analyse » bonne à écrire pour nombre d’activistes radicaux. Un peu pauvre et déprimant si nous pouvons nous permettre une remarque. D’un autre côté cette routine développe des esprits fermés et crée des divisions : les groupes qui essayent d’agir différemment, que ce soit en ayant un nom « officiel », en essayant de construire des campagnes longues et visibles ou en utilisant des stratégies s’écartant des principes anarchistes de base, sont habituellement complètement rejetés par une grande partie de la « scène politique ». Nous parlions plus haut des dogmes du néolibéralisme, force est de constater que beaucoup de groupes politiques ont les leurs, tout aussi intangibles.

Pour conclure, nous pouvons dire que ces manières d’être et de penser ont des effets importants sur nos capacités d’action et de réflexion. Nous n’osons pas être curieux, nous n’osons pas essayer d’inventer de nouvelles formes et contenus, de nouvelles actions et paroles. Depuis des années, le réseau Indymedia meurt lentement de son incapacité à trouver des nouvelles formes d’existence. En Grèce, il nous a fallu deux ans pour penser à utiliser des cordes pour foutre en l’air les unités Delta. Dans le Wendland, nous continuons à utiliser les « bonnes vieilles » barricades en bois, alors que creuser des trous est bien plus efficace pour bloquer les transports de police sur les routes de forêt. Avez-vous souvent été surpris par les livres et magazines que vous avez trouvé dans les infokiosques des squats d’Europe ? Et ainsi de suite, et ainsi de suite. Nous avons beaucoup de connaissances et d’expériences que nous pouvons partager, dont nous pouvons apprendre, mais en général nous n’essayons pas vraiment de les utiliser, nous n’essayons pas de les diffuser au sein et surtout en dehors des milieux radicaux. Pour le faire, nous devrions essayer de voir plus loin et d’anticiper, surtout nous devrions nous débarrasser de certains de nos dogmes et habitudes. Les bases du capitalisme tremblent, les peuples commencent à bouger, l’époque devient intéressante ! Peut-être est-ce le bon moment pour sortir de l’isolement et se jeter dans le monde ?

4. Se projeter un peu plus loin…

Les soulèvements contre les vieilles dictatures du monde arabe, les luttes des travailleurs en Chine et en inde, les manifestations sociales en Israel, l’occupation de Wall Street à New-York ou les pirateries informatiques des Anonymous, de nombreux habitants du monde ont cessé de voir le système capitaliste comme impossible à critiquer et attaquer. De nombreuses portes sont en train d’être ouvertes sur des espaces devant être remplis. Et comme nous l’avons vu historiquement et récemment, beaucoup de choses différentes et même opposées peuvent nourrir les révoltes populaires.

Dans la situation actuelle, nous ne devons pas avoir peur de nos positions radicales contre le capitalisme. Comme les mouvements des indignés et des occupations l’ont montré, les mesures d’austérité ont amené et amèneront encore beaucoup de gens à critiquer et peut-être à se soulever contre le système. De nos jours, la différence entre les radicaux et nombre de personnes « apolitiques » réside probablement plus dans les convictions que le système capitaliste ne peut pas amener liberté et joie, et que ces idées peuvent être atteintes en inventant d’autres manières de vivre.

La question est comment développer nos perspectives radicales au-delà de nos milieux. Nous pourrions essayer de construire un nouveau parti politique, le bon cette fois-ci. Nous pourrions essayer de nous battre dans le cadre de (ou contre) l’Etat-nation, c’est une cible plus proche et plus facile à atteindre. Nous pourrions essayer de créer la cinquième internationale, regroupant tous les exploités du monde dans une superstructure transnationale. Ou nous pouvons essayer de réfléchir et agir stratégiquement. Nous pouvons essayer de développer des perspectives et campagnes locales et internationales. Nous pouvons essayer d’élaborer des luttes à long-terme, et de nous donner les moyens de les mener. Nous pouvons apprendre des expériences à l’étranger et historiques – et parfois l’histoire est plus proche qu’on ne le croit. Regardons la grève générale du douze février (et bien d’autre) en Grèce, regardons le mouvement NoTAV en Italie, regardons l’occupation de la place Tahrir en Egypte, regardons la défense d’Ungdomshuset à Copenhague, regardons la campagne anti-castor en Allemagne. Les seuls points communs à ces moments, ayant tous entraîné certains succès, est d’avoir été (partiellement au moins) insurrectionnels et d’avoir rassemblé un grand nombre de gens très différents. Si on accepte de considérer cela, il est clair que notre seul moyen d’atteindre des victoires politiques est d’accepter la multiplicité des modes d’action et de pensée, d’accepter de travailler et d’avancer dans la même direction que des gens que nous pourrions critiquer. En d’autres termes, nous avons besoin des gens « modérés » autant qu’ils ont besoin de nous.

Mis-à-part les opportunités de moments insurrectionnels, un important objectif pour nous est d’être capables de créer de nouvelles solidarités internationales. Pendant les soulèvements arabes ou par rapport à la destruction sociale en cours dans de nombreux pays d’Europe et du monde, la gauche radicale n’a pas réussi à trouver un langage ou une direction commune, nous n’avons globalement pas réussi à aider concrètement ou même à montrer une solidarité effective avec les gens en lutte. Le capitalisme est partout, les centres de décisions peuvent être situés à mille kilomètres de l’impact où une société est dévastée. Même « ton » gouvernement, celui qui te fout le plus dans la merde (que ce soient des banquiers ou des politiciens), n’est pas probablement pas dans ton pays, le miracle de l’Europe ! Donc si nous voulons combattre efficacement la domination, nous avons sérieusement intérêts à comprendre comment fonctionne la machine capitaliste et comment nous pouvons diffuser ce savoir. Actuellement les échanges entre les groupes qui luttent en Europe sont sous-développés : dans les groupes radicaux quelques uns sont allés en Grèce ou en Tunisie, parfois un peu de tourisme insurrectionnel, mais seuls de rares groupes ont expérimenté des collaborations plus organisées. Comme nous l’avons dit plus haut, il nous manque clairement les outils et les lieux pour coordonner nos résistances à un niveau européen et pour transmettre nos informations, histoires et expériences. Pour avancer, nous devons analyser les liens intrinsèques du capitalisme européen. Nous devons rassembler les informations sur la manière dont les institutions étatiques et les entreprises supra-nationales sont actives dans différents pays pour perpétuer l’ordre capitaliste. La Grèce est en train d’être vendue au capital international : la société OTE à Deutsche Telecom, les eaux de Thessalonique à Veolia Environment, l’aéroport d’Athènes à Hochtief, la poste, les autoroutes, les ports et bien d’autres choses vont suivre. Dans le but de manifester notre solidarité ou, soyons ambitieux, de campagne internationale, il y a toujours une multitude de cibles plus sensibles, et moins protégées, que les ambassades. Que ce soit par rapport à « la » crise, à la répression des migrants ou aux désastres écologiques, de nombreuses structures et entreprises peuvent être citées, cela nécessite juste un travail de recherche sur les liens entre les différents pays, et de coordination pour pouvoir agir. Occupations d’institutions, guerilla de contre-information, actions directes ou blocages, les formes et idées d’action sont nombreuses et variées… Quoiqu’il en soit, il est clair que si nous n’essayons pas de nous organiser dans ce sens, si nous n’intensifions les échanges internationaux et si nous n’adoptons pas un point de vue global sur le système, nous devrons continuer à attendre le prochain « grand mouvement » spontané, avec le risque de devoir attendre trop longtemps et de commencer à croire au mythe de l’absence d’alternatives au capitalisme. En ces temps d’austérité et de révoltes populaires, nous devons définitivement amener nos moyens d’action et d’organisation à un niveau supérieur.

… De Berlin à New-York, de Tunis à Athènes, tout devient possible. La solidarité doit être concrète et anti-nationale. La situation actuelle nous donne les opportunités de parler – entre nous, avec d’autres gens, avec nos collègues et voisins -, les opportunités de discuter comment critiquer et affronter le capitalisme. L’objectif reste le même. Les confrontations aux niveaux local et international doivent être étendues. Pour que la situation ne revienne jamais à la normale. Pour que les idées et pratiques qui nous unissent deviennent des liens forts et permanents. Pour que d’ingouvernables nous devenions inoubliables, et que nous atteignions les changements de société que nous visons.

Après une année 2011 pleine de révoltes, 2012 offre un large éventail de possibilités pour prendre nos vies entre nos mains et nous battre. Un premier moment sera la journée d’actions internationale contre le capitalisme du 31 mars. Différentes actions auront lieu dans plusieurs villes et pays, une mobilisation d’envergure prendra place à Francfort, dans la ville de la Banque Centrale Européenne, dans le ventre de la bête comme disent nos amis allemands. Le premier mai, les femmes et les hommes du monde entier descendront encore massivement dans les rues. Le 16 mai, Francfort se trouvera une deuxième fois dans l’oeil du cyclone, des groupes et réseaux allemands mettent sur pied une mobilisation européenne pour bloquer la ville, afin de maintenir la pression sur les gestionnaires de la crise. Mais il n’y a pas que les « événements » et les « journées d’action internationale ». La régularité et la persévérance sont nos mots ! Que ce soit une attaque de la BCE (banque centrale européenne), l’occupation d’un bâtiment vide ou le parasitage d’une radio mainstream, des actions peuvent et devraient être prises jour et nuit pour – enfin – arriver à dépasser ce système assassin et liberticide.

Break on through together !

 

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